Nisida et Naples

Nisida, peu de monde connaît. Alors justement, écoutez une belle histoire.

Et beauté, c’est aimer, c’est vérité
Qui vous prendra dans ses bras, même ici
Où désirer, c’est un peu être libre

A qui s’adressent ces vers tirés du poème Nisida, de Yves Bonnefoy? Ils parlent d’amour et de liberté, mais qui est Nisida ?

Nisida

Nisida
© Nimh

C’est une île qui fait partie de l’archipel Phlégréen d’origine volcanique comme le sont les champs Phlégréens, au nord de Naples.
Aujourd’hui Nisida est reliée à la terre par un pont et elle a donc perdu un peu de son caractère. Elle est devenue une presqu’île. Un parc littéraire avec un sentier dédié à Homère y a été créé mais elle est surtout connue pour abriter une prison pour mineur, l’Istituto Penale Minorele. Une cinquantaine d’adolescents y sont enfermés pour préparer leur réinsertion dans la société civile.

Nisida et Yves Bonnefoy

Parmi les multiples activités proposées, il y a la lecture, la littérature et la poésie. Les jeunes détenus sont invités à écrire des poèmes avec l’aide de leurs professeurs. Et ce sont ces jeunes et leurs poèmes qu’ Yves Bonnefoy est venu écouter. Accompagné de Maria Grazia Calandrone, elle même poète et de Maria Franco, leur professeure, il a tenu à tous ces jeunes détenus réunis en cercle autour de lui, un discours exigeant qu’ils ont écouté et compris. Le poète a répondu aux questions avec des concepts et des mots choisis sans concession et leur a réservé attention et disponibilité.

Yves Bonnefoy a lu à haute voix plusieurs de leurs poèmes tirés du journal qu’ils écrivent en prison. En voici un :

Vis et fais moi vivre,
maintenant que ma vie ne vit plus,
la détention a été une intruse dans ma vie.
Et pour en sortir je souffre.
Et toi souffrance, ne me fais plus mal.

Poésie et prison de Nisida

Yves Bonnefoy, plusieurs fois pressenti pour le prix Nobel, les a conforté dans leur écriture : Ayez confiance dans vos vers, vous habitez une ville extraordinaire fondée sur l’inconscient. Mais aussi : Il existe deux passions, la liberté et la clef pour pouvoir la décrire : le travail.
A un jeune qui lui demandait d’écrire un poème sur eux, il a répondu qu’il ne décidait pas d’écrire une poésie mais qu’il espérait que les mots viendraient bientôt frapper à sa porte.

Un an après cette rencontre, Nisida est paru. Les mots étaient venus frapper à sa porte et la demande avait été exaucée.
Yves Bonnefoy a pris congé de ses auditeurs après avoir lu en français son poème La tombe de Leopardi, traduit de suite en italien par Fabio Scotto qui a dirigé le recueil des œuvres complète de Y. Bonnefoy en italien dans la prestigieuse collection I Meridiani, l’équivalent de la Pléiade en France.

Cette rencontre entre un écrivain et des mineurs coupables de délits ou de crimes graves a eu lieu en octobre 2011 à l’occasion de la réception du doctorat Honoris Causa à Yves Bonnefoy par l’Université L’Orientale de Naples. Le motif de cette distinction était son travail sur la théorie et la pratique de la traduction.

Yves Bonnefoy, poète

Ne jamais perdre l’intensité. L’intensité de soi-même, l’intensité du regard, de l’écoute, l’intensité dans le dire. Quoi de plus beau pourrait on dire aux jeunes qui fréquentent nos cours ?
C’est ainsi que Lida Viganoni, recteure de l’université a conclu son discours en s’adressant à tous les étudiants présents. Augusto Guarino, président de la faculté des langues et des littératures étrangères s’est adressé à Yves Bonnefoy : A travers votre exemple, nous voulons essayer de ne pas oublier que l’Université, aussi au travers de la poésie, a le devoir de donner aux nouvelles générations, l’étoile de l ‘Espérance.

C’est bien ce qui s’était passé à Nisida et le récipiendaire a conclu sa Lessio Magistralis par : La poésie est révolte, révolte la plus radicale, mais pour que cette révolte ne se perde pas en révolte inutile, il est essentiel que le rebelle connaisse et comprenne et aime l’orthodoxie qui l’interpelle.
Naples a reçu Yves Bonnefoy dans ses plus hautes institutions universitaires et l’accent a été mis, tant du côté des napolitains que du côté du poète français sur l’avenir, l’apprentissage, le travail et le dialogue. Une belle initiative, et de l’espoir. Yves Bonnefoy et Naples : une rencontre qui ne pouvait que nous remplir d’espérance.

Philippe Poivret

Racconti per Nisida

 

Pour lire l’intégralité du sonnet Nisida :
Bonnefoy Y., « Nisida » et sa traduction en italien par Cacace V., dans Racconti per Nisida, isola d’Europa, Alfredo Guida Editore, Naples, 2012, p. 8-9.

 

Nisida

 

Ensemble encore suivi de Perambulans in noctem
Collection Poésie, Mercure de France
Parution : 02-05-2016
Page 82

 

 

Quelques liens internet sur la remise du doctorat honoris causa à Yves Bonnefoy, par l’Université L’Orientale et par le journal La Repubblica.

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